Report du procès de la journaliste arrêtée pour "avortement" — Maroc

Report du procès de la journaliste arrêtée pour

Dénonçant une "affaire politique", la jeune femme, en détention depuis son arrestation le 31 août devant un cabinet médical de Rabat, assure avoir été soignée pour une hémorragie interne. Son sort a suscité une vague d'indignation dans les médias et sur les réseaux sociaux, autour du droit des femmes à disposer de leur corps, du respect de la vie privée, de la liberté des moeurs ou de la presse.

Hajar Raissouni a été arrêtée en même temps que son fiancé, un universitaire soudanais qu'elle devait épouser cette semaine.

Plusieurs centaines de personnes sont venues soutenir la journaliste marocaine Hajar Raissouni devant le tribunal de Rabat, lundi.

Les plus critiques parlent de "réalité moyenâgeuse", de "lois liberticides", de "violence institutionnelle envers les femmes", d'"intrusion de l'Etat dans la vie privée" des citoyens, de "machination politique" ou de "harcèlement" des journalistes.

Un sit-in de solidarité est prévu devant le tribunal de Rabat avant l'ouverture du procès, programmée lundi à 13h. "Selon la journaliste, cette arrestation est avant tout " une affaire politique", pour la " punir " suite à certains de ses articles.

Elle assure dans une lettre publiée par son journal avoir été interrogée en garde à vue sur ses oncles, un idéologue islamiste aux positions ultra-conservatrices et un éditorialiste d'Akhbar Al-Yaoum connu pour sa plume acerbe.

Reporters sans frontières a dénoncé des poursuites engagées contre la journaliste "pour des faits qui débordent le cadre de sa pratique de la profession", qui rappellent "les cas emblématiques des journalistes Ali Anouzla et de Maati Monjib, qui doivent répondre à des accusations "d'apologie du terrorisme", "incitation à commettre des actes terroristes" et "atteinte à la sécurité de l'Etat", alors qu'ils n'ont fait qu'exercer leur métier".


"En lieu et place de poursuites immédiates pour leurs écrits, les journalistes se voient attaqués bien plus tard à travers des articles du Code pénal", s'insurge un éditorial du site d'information Yabiladi.

Des mouvements féministes et des organisations de défense des droits humains dont Amnesty International et Human Rights Watch ont réagi à cet incident en appelant à libérer la journaliste.

La justice marocaine a décidé lundi de renvoyer au 16 septembre le procès pour "avortement illégal" d'une journaliste marocaine, avant de rejeter sa demande de liberté.

De leur côté, des journalistes ont signé une pétition dénonçant les "campagnes diffamatoires" à l'encontre de leur consœur.

Interpellé cette semaine sur le sujet, le porte-parole du gouvernement a rappelé que la révision du code pénal -y compris les dispositions concernant l'avortement- figurait à l'ordre du jour des débats parlementaires.

Le ministre de la Justice, Mohammed Aujjar (PJD, islamiste) avait déclaré fin juillet dans la presse que le gouvernement mené par le PJD était "engagé dans une dynamique de réformes" tout en imputant la lenteur du changement à une "société très conservatrice". Selon les statistiques officielles, en 2018, 14 503 Marocains ont été poursuivis pour débauche, 3 048 pour adultère, 170 pour homosexualité et 73 pour avortements.

Chaque jour, au Maroc, entre 600 et 800 avortements clandestins seraient pratiqués.

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