Huit ans de prison requis contre la mère — Procès Serena

Huit ans de prison requis contre la mère — Procès Serena

"Il y a une seule victime, pas deux, et c'est Séréna", avait de son côté plaidé Me Isabelle Faure-Roche, avocate de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) de la Corrèze, administrateur ad hoc de Séréna, qui vit en famille d'accueil depuis cinq ans et aura 7 ans dans une semaine.

Huit ans de prison ont été requis vendredi devant la Cour d'assises de la Corrèze contre la mère de Séréna, l'enfant découverte en 2013 dans un coffre de voiture, dissimulée pendant deux ans au monde et qui a subi des privations lui infligeant des handicaps jugés irréversibles.

Rosa Da Cruz a été reconnue coupable de " violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente " sur un mineur de moins de 15 ans par la cour d'assises. L'affaire était jugée aux assises en raison du caractère "permanent" des séquelles de l'enfant, révélé par les expertises. "Séréna, en famille d'accueil depuis sa découverte en 2013, souffre d'un " déficit fonctionnel à 80 % " et d'un " syndrome autistique irréversible ".

Les juges ont également prononcé à l'encontre de Rosa Maria Da Cruzun suivi socio-judiciaire de cinq ans et une injonction de soins sur Séréna, comme l'avait requis ce vendredi matin l'avocat général.

"Ce procès n'est pas le procès du déni de grossesse", avait d'emblée affirmé l'avocat général Olivier Kern, à propos de la thèse plaidée par la défense et qui a dominé les cinq jours de procès.


Comme d'autres, le médecin estime que la mère a "chosifié" sa fille. Son mari, un temps soupçonné de complicité, ne s'était lui non plus pas rendu compte de la situation. Face à lui, une fillette à la tête désarticulée, suffocant, dans une odeur de pourriture.

Dans des échanges surréalistes, Rosa Maria Da Cruz a décliné la main tendue de la Cour, qui l'incitait à reconnaître que malgré tout, même mal, même de façon " inadaptée", elle avait fait " des choses ", des " soins " pour cette enfant, comme le prouvent d'ailleurs des éléments objectifs: "draps, biberons, vêtements, nourriture, jouets retrouvés dans le coffre où l'enfant vivait une grande partie des journées". Mais plusieurs experts, parfois s'opposant, en ont décrit les mécanismes, évoquant une "genèse" possible dans ses maternités traumatiques précédentes.

"Deux ans, ce n'est pas quelques semaines", a poursuivi M. Kern.

Il a demandé à la Cour de tenir compte d'un "déni de grossesse partiel" dans le cas de Séréna, et d'un déni antérieur en 2004, après lequel Mme Da Cruz "n'a pas bénéficié d'une prise en charge (.) qui aurait pu la conforter en tant que mère, en tant que femme". La défense avait plaidé l'acquittement.

Durant les réquisitions la mère de Serena est restée figée, prostrée auprès de son avocat, s'essuyant parfois les yeux avec un mouchoir.

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