Philippe Lançon lauréat du prix Femina 2018

Philippe Lançon lauréat du prix Femina 2018

Cette année, le jury du prix Femina a décidé de récompenser un récit incroyable, parfois insoutenable: celui de Philippe Lançon avec son livre "Le lambeau". Pierre Guyotat, en compétition avec son roman "Idiotie" (Grasset) a reçu un "prix spécial du jury pour l'ensemble de son œuvre".

Le journaliste Philippe Lançon a été défiguré, la mâchoire touchée par une balle lors de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.

Pour la première fois depuis les attentats, l'écrivain blessé au visage a accepté de se présenter devant les caméras pour recevoir son prix au très sélect Cercle de l'Union interallié, à deux pas du Palais de l'Élysée.

Le prix Femina étranger a quant à lui été attribué à l'Américaine Alice McDermott pour "La neuvième heure".

"A partir du 7 janvier, tous les mondes dans lesquels j'avais vécu, toutes les personnes que j'avais aimées se mirent à cohabiter en moi sans préséance ni bienséance, avec une intensité folle, proportionnelle à la sensation qui dominait: j'allais les perdre, je les avais déjà perdus".


Le récit commence la veille de l'attentat. Ne pas avoir retenu Philippe Lançon est "une boulette Goncourt grand cru, digne des 'Loups' de Guy Mazeline, l'emportant [en 1932] sur 'Voyage au bout de la nuit de Céline'", estimait ainsi Baptiste Liger, directeur de la rédaction du magazine Lire. De New York, l'auteur a bel et bien ressenti de nouveau cette funeste douleur qu'il décrit si crûment dans "Le lambeau".

Mais cette pièce nous dit Shakespeare est juste un songe. Le 7 janvier fut au-delà du cauchemar. "J'ai tourné ma langue dans ma bouche et j'ai senti des morceaux de dents qui flottaient un peu partout", se souvient-il.

Mais le plus difficile est encore à venir.

Sa plume est portée par la grâce quand il évoque les infirmières qui veillent sur lui, les médecins, notamment "Chloé", qui se relaient à son chevet, les policiers qui le protègent, son frère qui ne le quitte pas. Le traumatisme est naturellement encore présent chez ce miraculé, qui achève son texte par son ressenti de l'attentat du 13 novembre, au Bataclan. Le prix Femina essai avait récompensé Jean-Luc Coatalem pour "Mes pas vont ailleurs" (Stock).

Articles Liés