Vague d'indignation après le meurtre d'une journaliste — Bulgarie

Vague d'indignation après le meurtre d'une journaliste — Bulgarie

Même si le lien entre cet assassinat et la profession de Viktoria Marinova n'a pas été confirmé, les organisations de défense des journalistes et les professionnels sont alarmés.

Présentatrice sur TVN, une chaîne locale de Roussé, un grand port danubien à la frontière avec la Roumanie, Viktoria Marinova y animait une émission consacrée aux questions de société. Fin septembre, elle avait notamment participé à un entretien avec deux journalistes d'investigation réputés, le Bulgare Dimitar Stoyanov du site Bivol.bg et le Roumain Attila Biro, qui enquêtent sur des soupçons de fraudes aux subventions européennes impliquant des hommes d'affaire et des élus. Les autorités n'ont identifié la victime que par ses initiales et sa profession. Ce même jour, le procureur général du pays, Sotir Tsatsarov, et le ministre de l'Intérieur se sont rendus à Roussé pour s'informer des suites de l'enquête, sans pour autant apporter de nouveaux éléments d'information, constate Dnevnik. Son corps avait été découvert le 6 octobre dernier dans un parc.

La Bulgarie est située au 111e rang du classement établi par RSF sur la liberté de la presse, ce qui en fait le pays membre de l'UE le plus mal placé.

Encore "une journaliste courageuse tombée dans la lutte pour la vérité et contre la corruption", a commenté le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans sur Twitter.

Cette situation alarmante a conduit de nombreux observateurs à faire le lien dimanche entre le meurtre de la journaliste et ses activités professionnelles.


"Le pays a une mauvaise image en ce qui concerne la liberté des médias, mais il est possible que ce cas ne s'inscrive pas dans ce contexte", estime pour l'AFP Svetoslav Terziev, analyste dans la presse d'opposition et enseignant à la faculté de journalisme. "Elle n'a jamais été une journaliste d'investigation", poursuit 24 Tchassa, contredisant ainsi les nombreux commentateurs étrangers qui ont rendu hommage à la jeune femme. "Sa nouvelle émission ne semble pas pouvoir être un mobile d'assassinat", selon Tihomir Bezlov, du groupe de réflexion Center for the Study of Democracy (CSD) à Sofia.

"Le cofondateur de Bivol.bg Assen Yordanov a confié à l'AFP avoir reçu des informations crédibles selon lesquelles les journalistes de son site étaient en danger en raison de cette enquête".

Il a décrit Mme Marinova comme une journaliste " disciplinée, ambitieuse, allant jusqu'au bout et habitée par un grand sens de la justice ". "Son téléphone portable, ses clés de voiture, ses lunettes et une partie de ses vêtements ont disparu", a précisé le procureur régional, Georgy Georgiev cité par Le Monde.

Le premier ministre de centre droit Boïko Borissov a assuré que l'élucidation du crime n'était "qu'une question de temps".

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