Les anti-pesticides en France exultent — Procès Monsanto

Les anti-pesticides en France exultent — Procès Monsanto

Ce père de deux garçons diagnostiqué avec un lymphome non hodgkinien en 2014 réclamait plus de 400 millions de dollars à l'entreprise. "Comment ose-t-elle?", s'est interrogé au sortir de la salle d'audience Dewayne Johnson, à qui les médecins donnent moins de deux ans à vivre. Il vient de gagner son procès contre Monsanto, le condamnant à verser 289 millions de dollars et à reconnaître que ses produits -le Roundup et le Ranger Pro- sont responsables de sa maladie. Le jury d'un tribunal de San Francisco a condamné l'entreprise américaine, rachetée en mai dernier par le groupe allemand Bayer pour 63 milliards de dollars, pour n'avoir pas " prévenu les consommateurs que l'exposition au Roundup provoqu [ait] le cancer ".

En effet cette décision d'un tribunal californien est une décision magistrale, historique, qui renverse le rapport de force entre une multinationale, qui jusqu'à présent niait le caractère extrêmement dangereux du Roundup dont le principe actif est le glyphosate, et qui enfin aujourd'hui est mis devant ses responsabilités.

M. Johnson, qui n'avait pas de problème de santé auparavant, à expliquer qu'il n'avait aucune idée des controverses sur le glyphosate avant de voir des marques sur sa peau et de se renseigner sur internet.

Plébiscité par les cultivateurs pour son efficacité et son faible coût, il fait particulièrement polémique en Europe et notamment en France.

Pour ses avocats, Monsanto a fait passer ses bénéfices avant la santé publique en bataillant contre des études faisant état de risques cancérigènes autour du Roundup.

Car à l'instar de Bayer, Monsanto estime qu'il n'y a aucun lien entre cancer et glyphosate et donc aucune raison d'avertir d'un danger quelconque à propos de cette substance très controversée.

Herbicide le plus utilisé au monde sous diverses marques, depuis que le brevet détenu par Monsanto est tombé dans le domaine public en 2000, il est aussi accusé d'être néfaste pour l'environnement et de contribuer à la disparition des abeilles, ou encore d'être un perturbateur endocrinien.


Et selon l'un des avocats du plaignant, Brent Wisner, le verdict "montre que les preuves (de la dangerosité du glyphosate) sont accablantes".

Si ce dossier est le premier autour du glyphosate à arriver devant un tribunal, c'est parce que la loi californienne oblige la justice à organiser un procès avant le décès du plaignant.

Cette affaire judiciaire pourrait bien être le début d'une longue série: aux États-Unis, des milliers de procédures ont été entamées contre Monsanto.

Le ministre de l'Écologie appelle les "voisins européens" à prendre des décisions rapides sur le glyphosate.

Le gouvernement a décidé d'interdire le glyphosate d'ici 2021, c'est une bonne chose selon vous?

Quant à Benjamin Sourice, président de Combat Monsanto, il juge que "cette condamnation reconnaît non seulement que le Roundup est cancérigène, mais surtout que Monsanto avait les informations sur la dangerosité du produit et qu'ils ont tout fait pour masquer cette dangerosité".

Enfin, l'agriculteur Paul François, figure en France du combat contre Monsanto, dit avoir ressenti "beaucoup de joie" pour tous ceux qui se battent. "L'ensemble des lobbies des pesticides trompent les autorités publiques, qui se laissent d'une certaine façon volontairement avoir".

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